Fractures du rachis cervical
Les fractures du rachis cervical sont des lésions traumatiques touchant les vertèbres du cou (C1-C7) et représentent une part importante des traumatismes rachidiens. Les causes les plus fréquentes sont les accidents de la route, les chutes, le plongeon et les blessures sportives. Le rachis cervical se divise en régions supérieure (C1-C2) et inférieure (C3-C7), chacune avec des schémas de fracture caractéristiques. Le traitement peut être conservateur ou chirurgical selon le type de fracture, la stabilité et l'état neurologique.
Dernière mise à jour: 2026-06-07
Définition et anatomie
Les fractures cervicales sont des lésions potentiellement mortelles résultant de traumatismes à haute énergie. Le rachis cervical assure la mobilité de la tête tout en abritant la partie la plus délicate de la moelle épinière. Comme la moelle à ce niveau contrôle les centres respiratoires (nerf phrénique C3-C5) et la fonction des membres supérieurs, une lésion médullaire sévère au niveau cervical peut entraîner une insuffisance respiratoire et une quadriplégie (tétraplégie). Anatomiquement, le rachis se divise en région cervicale supérieure (C1 atlas, C2 axis) et région cervicale inférieure (C3-C7).
Types de fractures
Dans le rachis cervical supérieur, les fractures de C1 (atlas) résultent généralement d'une charge axiale et sont connues sous le nom de fracture de Jefferson. Les fractures de C2 (axis) se répartissent en trois grands groupes : les fractures de l'odontoïde (Anderson-D'Alonzo types I-II-III ; le type II comporte un risque élevé de pseudarthrose), la fracture du pendu (fracture bilatérale des pédicules de l'axis) et les fractures du corps de l'axis. Les lésions cervicales inférieures (C3-C7) sont classées selon la classification AO Spine : type A (compression), type B (distraction) et le groupe le plus sévère, type C (translation/rotation). Le déficit neurologique est relativement fréquent dans les fractures cervicales inférieures.
Symptômes
Les principales manifestations comprennent une douleur cervicale sévère et localisée au site de la fracture, une sensibilité cervicale postérieure, une limitation marquée des mouvements du cou et un spasme musculaire réflexe. Lorsque la moelle épinière ou une racine nerveuse est atteinte, une faiblesse, une perte sensitive et des engourdissements-fourmillements peuvent apparaître aux bras et aux jambes. Une lésion médullaire complète aiguë peut se présenter par un choc spinal (paralysie flasque, aréflexie, hypotension, pouls lent). Les lésions au niveau C3-C5 peuvent atteindre le nerf phrénique, entraînant des difficultés respiratoires et le besoin d'une ventilation mécanique. Une perte du contrôle vésico-sphinctérien et intestinal peut également survenir.
Diagnostic
Le diagnostic exige un haut degré de suspicion et une évaluation radiologique systématique. Tous les patients traumatisés sont pris en charge avec une immobilisation cervicale (collier rigide) jusqu'à exclusion d'une lésion médullaire. Des règles cliniques telles que le NEXUS et la Canadian C-Spine Rule déterminent quels patients nécessitent une imagerie. La tomodensitométrie (TDM) est l'examen de référence pour évaluer l'anatomie osseuse et détecter les fractures. L'imagerie par résonance magnétique (IRM) est essentielle pour montrer les lésions ligamentaires, les hernies discales et la contusion médullaire, et est aussi nécessaire pour diagnostiquer le SCIWORA, dans lequel une lésion médullaire existe malgré des radiographies normales. L'angio-TDM est demandée en cas de suspicion de lésion de l'artère vertébrale.
Évaluation de la stabilité
La décision thérapeutique dépend largement du caractère stable ou instable de la fracture. Les critères de White-Panjabi sont utilisés pour l'évaluation de la stabilité : une angulation sagittale significative, une translation vertébrale et une lésion ligamentaire atteignant à la fois les colonnes antérieure et postérieure indiquent une instabilité. Les fractures stables comportent un faible risque de lésion médullaire et peuvent convenir à un traitement conservateur ; les fractures instables comportent un risque plus élevé de lésion médullaire et soulèvent la question d'une stabilisation chirurgicale.
Traitement
À la phase aiguë, les voies aériennes, la respiration et la circulation sont stabilisées, et une pression artérielle moyenne adéquate est maintenue pour soutenir la perfusion médullaire. Les fractures stables sont traitées de façon conservatrice (immobilisation par un collier Philadelphia/Miami-J ou un halo-veste pendant 6 à 12 semaines), avec un suivi radiologique pour surveiller la consolidation. La chirurgie est réalisée pour les fractures instables, la compression médullaire ou un déficit neurologique évolutif : dans le rachis cervical inférieur, discectomie cervicale antérieure avec fusion (ACDF) ou fusion postérieure par vis des masses latérales/pédiculaires ; dans le rachis cervical supérieur, fixation antérieure par vis de l'odontoïde ou fusion postérieure C1-C2. En cas de lésion médullaire incomplète, une décompression précoce peut contribuer à la récupération neurologique.
Récupération et pronostic
Après la chirurgie, une surveillance en soins intensifs, un suivi neurologique et une prophylaxie de la thrombose sont assurés à la phase précoce ; une mobilisation précoce est visée chez les patients neurologiquement adaptés. La consolidation osseuse prend généralement 3 à 6 mois. Dans les fractures stables sans lésion neurologique, le pronostic est bon et la plupart des patients reprennent leurs activités quotidiennes. Dans les cas avec lésion médullaire, le résultat varie selon le niveau de la lésion et son caractère complet ou incomplet ; les lésions incomplètes ont un potentiel de récupération plus élevé. Les résultats diffèrent d'un patient à l'autre et aucun ne peut être garanti.
Références
- Greenberg MS. Greenberg's Handbook of Neurosurgery. 10th ed. Thieme; 2023:1153-1200.
- Vaccaro AR, Koerner JD, Radcliff KE, et al. AOSpine subaxial cervical spine injury classification system. Eur Spine J. 2016;25(7):2173-2184.
- Hoffman JR, Mower WR, Wolfson AB, Todd KH, Zucker MI. Validity of a set of clinical criteria to rule out injury to the cervical spine in patients with blunt trauma (NEXUS). N Engl J Med. 2000;343(2):94-99.
Cet article est à titre informatif et ne remplace pas un examen médical. Le diagnostic et le traitement sont individuels.